L’enjeu des Ressources Naturelles : le Sable
Le sable est considéré comme une ressource naturelle non renouvelable. Mon article précédent abordait justement la question des ressources naturelles en général, vous pouvez le lire ici.
Savez-vous d’où vient le sable ? Jamy répond à cette question dans une courte vidéo pédagogique. Mais avant de me poser la question de son origine, j’ai découvert l’enjeu de l’extraction de sable grâce à un épisode du podcast Green Letter Club.
Les points abordés dans l’interview
Dans ce podcast, le podcasteur Maxime Thuillez invite un expert du sujet, Nelo Magalhaes (NL dans la suite du texte), chercheur à l’Institut de la Transition Environnementale.
Quelques informations que j’ai retenues :
On trouve du granulat (sable + gravier) à peu près partout sur Terre (et dans les océans aussi), ce qui en fait un phénomène que NL appelle de “l'extractivisme ordinaire”. C’est une ressource locale qui est peu concernée par les échanges internationaux : on extrait souvent (quand c’est possible) à côté du besoin, par exemple à côté d’un chantier d’infrastructure.
En France, le granulat est la plus grande extraction (en masse) depuis 1830, avec un pic d’extraction au début des années 2000.
Avant les années 1980, on utilisait le sable en France pour la construction de logements (par exemple les Grands Ensembles). Après les années 80, la majorité du sable a servi pour la construction d’infrastructures : routes, autoroutes, lignes de chemin de fer, pistes d’aéroport, ports, etc.
L’entretien de ces infrastructures représente aussi une grosse part de l’usage de ce sable français. Cette partie du podcast est intéressante, car NL nous explique que les poids lourds sont responsables de l’usure des routes et les poids lourds transportent ironiquement du sable.
Le granulat ne coûte pas cher à l’extraction, son transport est généralement plus cher que la matière première, ce qui explique qu’on en extrait proche de là où on a besoin.
Dans les années 1960, on extrayait en France du lit et des bords des fleuves et rivières, mais ça a été interdit en 1993. Aujourd’hui, la majorité du sable extrait en France provient de carrières.
Il y a environ 4000 carrières actives en France aujourd’hui. D’après le BRGM qui répertorie toutes les carrières actives et abandonnées, il y en aurait 103 000 en France au total, certaines très petites.
Pour construire une autoroute, des carrières sont créées tout le long de son tracé pour lui fournir le sable nécessaire à sa construction.
Une série d’articles du Monde
Une autre mine d'informations, que je vous recommande, est une série du Monde “Marchands de Sable” en 6 épisodes.
Épisode 1 : En Inde, « les mafias du sable ont le pouvoir, l’argent, les armes »
Ce premier épisode nous fait voyager en Inde, où la demande en sable a triplé depuis les années 2000 pour répondre à la demande de construction de nouveaux immeubles de logement. Le sable est prélevé illégalement en grignotant le lit des rivières. Il s’agit maintenant d’une mafia qui fait tourner une partie de l’économie locale.
Pour aller plus loin :
Un rapport de Prem Mahadevan, en anglais, pour en apprendre plus sur le sujet.
J’ai également écouté une émission de France Inter sur les conséquences dramatiques de cette exploitation.
Épisode 2 : Le sable, richesse et malédiction des Maldives
Les Maldives, la nation la plus basse du monde, exploitent massivement le sable pour agrandir et protéger leurs îles, construire de nouvelles terres et soutenir le développement touristique et démographique. Cependant, cette pratique de "land reclamation" détruit les récifs coralliens, aggrave l'érosion et accentue la vulnérabilité de l'archipel face à la montée des eaux due au changement climatique. Alors que 65 % des îles habitées ont été agrandies en dix ans, ce processus met en péril l'équilibre écologique de ce territoire fragile, menaçant à terme sa propre survie. Certaines îles de l’archipel sont seulement occupées par des resorts de luxe.
Épisode 3 : Au Groenland, le sable pour nouvel horizon
On change complètement de paysage et on embarque pour le Groenland !
Comme nous l’a dit Jamy, les glaciers sont à l’origine du sable qui atterrit ensuite dans les rivières puis les océans. En raison de ses nombreux glaciers, le Groenland abrite d'importants gisements de sable. Ce phénomène, accentué par le réchauffement climatique, a paradoxalement transformé certaines régions polaires en réservoirs de ressources, jusque-là inaccessibles. Alors que le changement climatique provoque des catastrophes ailleurs, il permet au Groenland d’accéder à de nouveaux dépôts de sédiments, comme le montre une étude de 2019. Ces côtes, loin de s’éroder, s’épaississent suite à l'accumulation des sédiments issus de la fonte de la calotte glaciaire.
Les plages du Groenland ont donc de belles années devant elles, mais ceci reste temporaire, car si les glaciers disparaissent, la source de production de ce sable disparaîtra avec elle.
Épisode 4 : En Floride, une lutte sans fin pour la survie des plages
On repart sur les plages touristiques, loin des Maldives, mais avec une problématique similaire.
Le littoral de la Floride, célèbre pour ses plages, subit une érosion constante due aux courants marins, aux ouragans et à la pression de l'urbanisation. Les plages de South Beach à Hollywood sont régulièrement réensablées pour maintenir leur attrait touristique, car le sable est emporté par des tempêtes de plus en plus fréquentes et violentes, amplifiées par le réchauffement climatique. Les efforts de réensablement, réalisés avec du sable prélevé au large, se sont avérés coûteux et destructeurs pour les écosystèmes marins. Désormais, le sable provient davantage de l'intérieur des terres, bien que cela soulève également des préoccupations environnementales.
La côte floridienne, qui abrite une grande majorité de la population de l'État, est particulièrement vulnérable aux submersions dues à la montée des eaux, mettant en danger des milliards de dollars d'infrastructures. En réponse à ces défis, les autorités locales diversifient les attractions touristiques au-delà des plages, en investissant dans des événements sportifs, la culture, et la mode pour maintenir l'afflux de visiteurs.
Épisode 5 : Les « pilleuses » de sable du Cap-Vert
Cet épisode nous ramène dans un pays du Sud, au large du Sénégal : l’archipel du Cap Vert.
Des plages autrefois paradisiaques sont devenues des sites d’extraction de sable, où des femmes prélèvent le sable avec des sceaux pour le revendre au secteur du bâtiment, une pratique illégale tolérée par les autorités malgré ses conséquences dévastatrices.
L’exploitation sauvage du sable est motivée par une urbanisation anarchique alimentée par l’exode rural. À Praia, la capitale, et dans d’autres villes, les constructions illégales pullulent, nécessitant toujours plus de sable de plage.
Le prélèvement du sable a des répercussions environnementales graves : la terre se salinise, rendant l’agriculture de plus en plus difficile. Les bananeraies ne produisent plus de fruits et l’eau des puits est contaminée par le sel, menaçant la survie des cultures locales. Seules les cannes à sucre poussent encore, mais leur goût est altéré par le sel.
Épisode 6 : L’insatiable appétit de sable du Grand Paris
Cette série se termine par un retour en France où les besoins en sable sont également croissants, notamment avec le projet du Grand Paris : de nouvelles lignes de métro, des gares et des projets d'aménagement qui nécessitent une énorme quantité de granulats. Les carrières locales s'épuisent et s'éloignent de la métropole. Pour le transport du sable vers les chantiers parisiens, des péniches sont utilisées sur la Seine.
Conclusion
En fait, quand on ouvre les yeux sur ce sujet, on peut deviner des anciennes carrières un peu partout. C’est le cas quand je me suis promenée au lac du Crès récemment, l’une des 103 000 carrières abandonnées et aménagées après leur fermeture. Aujourd’hui, c’est un lieu de balades, mais jusqu’en 1993, c’était une carrière de calcaire (l’histoire de cette carrière en photos ici).
Enfin, je vous partage une infographie animée très bien faite pour avoir des chiffres et tester vos connaissances sur ce sujet.
En BD, tout juste publiée, on vient de me prêter “Béton. Enquête en sables mouvants”, je vous partagerai ce que j’en ai pensé sur les réseaux.